Ma Mission
Préparer des mets délectables, simples, équilibrés, sans agent de conservation ni additifs alimentaires pour bien manger tous les jours à des prix abordables –
J’ai toujours été passionnée par la cuisine. Dès l’âge de cinq ou six ans je demandais à ma mère de me montrer à faire des gâteaux. Vers l’âge de douze ans, j’avais souvent la tâche de garder mes frères et sœurs pendant que mes parents sortaient et je savais que ma mère s’attendait à ce que le repas du soir soit prêt lorsqu’ils reviendraient. À dire vrai je préférais cuisiner lorsque ma mère n’était pas là pour me dire quoi faire – j’aimais mieux suivre le livre de recette. Je prenais plaisir à préparer des surprises, une entrée toute particulière ou un plat principal que ma mère préparait plutôt pour le dimanche ou les grandes occasions. En théorie, préparer un repas doit être simple, gratuit et dénuer d’arrière-pensée. Mais en pratique, cuisiner pour les autres est une démarche lourde d’attentes, de craintes et, parfois, de motivations aussi peu avouables que le désir d’impressionner ses invités par son savoir-faire. Ma décision de cuisiner pour les autres fait également remonter à la surface mes peurs les plus anciennes et les plus tenaces. Qu’il s’agisse de peurs personnelles ou de peurs sociales – vais-je réussir – mes clients vont-ils aimer ce que je cuisine. Ou encore, la crainte d’être jugée, moquée, celle de ne pas être à la hauteur ou encore de donner une image de moi-même fausse ou peu flatteuse…. Dans tous les cas, le fait d’offrir ma cuisine m’expose et met à nu ma vulnérabilité et peut menacer ma confiance en moi-même. Mais une fois que j’ai écarté mes réticences, ma nouvelle entreprise peut être envisagée comme une rencontre qui m’offre d’entrer dans un vrai partage intime et authentique, celui de partager des mets savoureux composés de produits frais de première qualité.
En fait cuisiner pour les autres c’est l’art du don de soi, de manière juste et généreuse. Qui n’a pas fait l’expérience de repas préparés à la sauvette et offerts sur le bout du comptoir, ou au contraire, de mets dignes de chefs cordon bleu conçus avec l’intention à peine voilée d’en mettre plein les yeux et la bouche aux invités? Dans les deux cas, il est difficile de parler de partage ou de don.
Qu’ai-je donc envie de donner de moi? Je veux me poser cette question chaque fois que je vais cuisiner pour les autres. Quel morceau de mon identité, de mon intimité ai-je envie de mettre en partage? Mes origines culturelles québécoises, françaises, un peu de mon enfance, mon dernier voyage, ou encore ma plus récente découverte qui a révolutionné mes papilles? C’est un peu comme si je devais me faire belle avant une rencontre amoureuse…Pour cela il faut que je sois capable de me dévoiler, d’assumer qui je suis, avec mes points forts et mes zones de fragilité. Offrir ma cuisine c’est d’offrir de moi-même dans chaque plat que je préparerai. C’est pourquoi, s’il est nécessaire d’être sincère, il l’est tout autant d’être conscient de son acte. Dans un second temps, je me dois de m’interroger : ces amis, ces parents, ces collègues, ces clients, quels sont leurs attentes et leurs goûts, qu’aimeraient-ils recevoir de moi? Je veux que ma cuisine soit en langage – or le langage culinaire doit à la fois être suffisamment simple pour décomplexer et mettre en confiance et suffisamment intrigant pour séduire. Parler cuisine, échanger des recettes, des souvenirs, des adresses, cela amène naturellement à des échanges très intimes, celui des émotions.
Colette disait : « Si vous n’êtes pas capable d’un peu de sorcellerie, ce n’est pas la peine de vous mêler de cuisine. » Et qu’est-ce que la sorcellerie, si ce n’est ce mélange d’intuition, de charme, de mystère? Trois ingrédients qui rendent la cuisine pleine de surprises, remplie de potions magiques et de résultats inattendus... Bon Appétit!
Délectablement vôtre,
Lucie (819-328-2804)